Beverly Matherne

Internationally Acclaimed Poet

Les States
(The Layers)

By U.S. Poet Laureate Stanley Kunitz
Translated from the English to the French by Beverly Matherne

Les States

J’ai traversé maintes vies,
certaines étaient les miennes,
et je ne suis plus celui que j’étais,
bien qu’un certain principe d’être
persiste dont je tiens à
ne pas m’écarter.
Quand je regarde en arrière,
comme je suis forcé de le faire
avant de pouvoir rassembler mes forces
pour continuer mon voyage,
je vois les bornes diminuer
vers l’horizon
et les feux qui couvent
dans les camps abandonnés,
où les anges charognards
tournoient lourdement.
Oh, je me suis fait une tribu
de mes vraies affections,
et ma tribu est dispersée !
Comment le cœur peut-il se résigner 
à son festin de pertes ?
Sous un vent qui se lève
la poussière démente de mes amis,
ceux tombés le long du chemin,
me cingle férocement le visage.
Mais je tourne, je tourne
quelque peu exultant,
ma volonté intacte pour aller
là où je dois,
et chaque pierre sur la route
m’est précieuse.
Dans ma nuit la plus sombre,
quand la lune se cachait 
et j’errais dans les décombres,
une voix de nimbus voilée
m’a dirigé :
« Vis dans les strates,
non sur les rocailles. »
Bien qu’il me manque l’art
pour le déchiffrer,
le prochain chapitre
dans mon livre de transformations
sans aucun doute
est déjà écrit.
Je ne suis pas au bout de mes changements.
            

The Layers

I have walked through many lives,
some of them my own,
and I am not who I was,
though some principle of being
abides, from which I struggle
not to stray.
When I look behind,
as I am compelled to look
before I can gather strength
to proceed on my journey,
I see the milestones dwindling
toward the horizon
and the slow fires trailing
from the abandoned camp-sites,
over which scavenger angels
wheel on heavy wings.
Oh, I have made myself a tribe
out of my true affections,
and my tribe is scattered!
How shall the heart be reconciled
to its feast of losses?
In a rising wind
the manic dust of my friends,
those who fell along the way,
bitterly stings my face.
Yet I turn, I turn,
exulting somewhat,
with my will intact to go
wherever I need to go,
and every stone on the road
precious to me.
In my darkest night,
when the moon was covered
and I roamed through wreckage,
a nimbus-clouded voice
directed me:
“Live in the layers,
not on the litter.”
Though I lack the art
to decipher it,
no doubt the next chapter
in my book of transformations
is already written.
I am not done with my changes.